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PHILIGHT BLUE EDITIONS

site littéraire d'auto-édition de Jean-Luc FLINES, auteur indépendant de romans, nouvelles et poésie. Grand admirateur des écrivains américains Paul Auster et Stephen King, Jean-Luc Flines est persuadé que L'imagination, en écriture, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là!

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ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)

présente

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ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)

INTRODUCTION

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)
ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)

ARTUS GRAINBÔ , Le p’tit pwèt crotte- misère

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)

Il est né dans l’imagination d’un auteur ! Oui ! De la mienne en l’occurrence ! Il y avait longtemps qu’il germait dans l’hémisphère droit de mon cerveau. Sept ou huit ans environ après les événements de la seconde guerre mondiale, mon personnage d’Artus Grainbô ne fait pas ses dix- sept ans. J’ai remarqué ça entre le boulevard du Temple et la butte Montmartre. Il s’en est fallu de peu pour qu’il n’ait jamais vu le jour. Pourtant, depuis longtemps il titillait ma muse par plusieurs détours mystérieux. Ce petit grain de poussière minuscule ne demandait qu’à germer pour créer son univers. Depuis qu’il a vu le jour au travers de ses soubresauts, de ses petits riens dans un espace de vie encore infime et dérisoire, il s’est progressivement muté en un petit futé de l’île de France, une sorte de titi-gavroche dont l’amour infini lui montera progressivement dans l’âme. Ce serait l’enfant de Paris, un peu comme la forêt qui possède son oiseau ordinaire dont le chant serait plus perçant que tous les autres et l’oiseau se nommerait « le moineau » tandis que l’enfant serait appelé « gamin d’Paris » !

Je voudrais qu’il soit bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard qu’il croquerait la vie à pleine dent en riant. Il aurait aussi un petit air de Rimbaud qui, par les soirs bleus errerait dans les sentiers, taquiné par les épis de blé et qui foulerait aussi le carreau des rues de la Butte. La fraîcheur éternelle des pavés s’insinuerait sous ses semelles de vents et le vent baignerait sa tête couverte d’un béret noir vissé au sommet de son crâne de bohémien heureux bien que blessé dans le cœur par une lourde peine rentrée et ravivée par des événements qui lui inspireraient une vengeance libératrice.

Oui, je le suis pas à pas pour mieux le cerner mais il m’échappe parfois et j’éprouve un mal fou à le visualiser en tant que poète enfantin qui se serait assez correctement réalisé dans cet idéal du gamin à peine ébauché, au rire ancré sur les lèvres, sachant parfaitement que son cœur demeurerait sombre et même vide à certains moments.

Cette petite grande âme doit être le souffle vital de mon histoire ! C’est évident ! Je n’en parlerai pas, je ne penserai rien à son propos mais je dégagerai, je révélerai l’amour infini, celui qui montera dans son âme. Je le ferai aller loin, très loin comme une étoile filante qui traversera les cieux orageux de notre destinée humaine.

Mais la vie de naïf du petit Artus Grainbô a basculé la semaine dernière pendant sa promenade quotidienne au parc Monceau ! Un havre de paix pour ce gamin déchiré par la guerre, blessé par l’humiliation d’un régime totalitaire de bâton de merde pourri, un jardin d’illusions aux décors insolites où pyramides, statues d’artistes et colonnes antiques se patafiolent dans la végétation antonyque. Il allie sa jactance de grelot aux chants des petits piafs, des zéphirs parisiens et des fleurs de mai. Point de jardin de rois, mais avec quelques artifices de jardiniers habiles, il triomphe des hivers parisiens chérissant les berceaux charmants de verdure, les grottes enchantées, les roses naissant au milieu des pluies et des givrures.

Rien à voir avec les jardins à l’anglaise. Ce n’est qu’une fantaisie de poète qui aurait voulu réunir toutes les époques et tous les lieux dans un espace unique, une sorte d’espace vert extraordinaire. L’art de ses jardiniers n’est pas celui des rouleaux égalisant les gazons mais plutôt d’un amant des muses s’amusant d’illusions, guidé par la liberté.

Et le voilà, le petit Grainbô, l’âme légère mais l’esprit encore embrouillé de ce vent estival du mois de juillet 1942, se demandant s’il peut encore rire, chanter, sauter de joie avec ses yeux noirs et son crin jaune couvert d’un béret orageux. Lui, sans parents, rare survivant parmi tous ceux qui ont vécu des heures noires et contre ceux qui ont souillé sa propre histoire et qui demeureront une injure à son enfance. Le parc Monceau est son domaine, son aire de paix, un coin d’azur et de verdure insolents dans cette ville effervescente. La grille d’entrée, une fois franchie, c’est déjà la lisière d’une forêt, saupoudrées de fleurs de songes dont les clochettes en corolles tintent et libèrent leurs senteurs créant des arcs-en ciels dans les jardinets. Jeunes mères, petites filles et princesses étranges font battre le cœur des petits poètes. Cigales qui rougissent en écoutant le chant des oiseaux, voilant ainsi le gouffre de la mort et tendant le front des prophètes vers le ciel, eux, vainqueurs des enfers après un voyage imposé par des bourreaux de la géhenne brune et noire.

Certains de ces traîtres, de ces béquillards, de ces délateurs anonymes et pas toujours faciles à débusquer se terrent encore dans l’un ou l’autre de ces appartements parisiens usurpés et prétendent vivre comme si rien ne s’était passé ! Leur haine ne s’est pas éteinte même s’ils vivent aujourd’hui dans l’ombre froide de leur cafardage trivial et déshonorant.

Il le sait, Artus Grainbô, que Ginette Merdalor, la femme de la troisième porte à gauche en sortant de l’ascenseur le lui rappelle sans cesse, qu’il est un pur jobard ! Mais lui n’en peut rien, c’est dans sa nature ! Il y a dans l’aurore de son talent un grain de nigauderie et de bravoure aveugle qu’il revendique. Cette once, ce soupçon de candeur, le ramène avec bonheur aux grâces de l’enfance, au temps où sa bienheureuse insouciance des règles humaines primait sur la trop rigoureuse raison des hommes accomplis.

La mère Merdalor ignore que la naïveté est la grâce des grands pwètes, une façon différente de la sienne de vivre intelligemment ! Loin des propos révulsifs de cette bourgeoise du cinquième étage, il parcourt donc les allées par ce bel après-midi ensoleillé, lorsqu’il remarque que, dans la pelouse, on a placé là un écriteau inexistant le jour avant et sur lequel est inscrit en lettres rouges sur fond blanc : « Pelouse interdite aux chiens et au poètes » !

Il a déjà vu ça quelque part, Artus, il n’y a pas si longtemps ! Les poètes auraient-il remplacés les Juifs ? Ou alors tous les poètes seraient-ils Juifs ou tous les Juifs seraient-ils devenus les nouveaux poètes ? Peut-être sont- ce encore de nouvelles lois, de nouvelles calomnies pour insister une fois de plus sur la bêtise et la méchanceté des hommes ? Pour l’instant, le jeune Grainbô n’est pas en mesure de comprendre pourquoi cette catégorie de gens dont il se revendique susciterait la même haine que celle qui a expédié ses parents dans le déluge exterminateur. Bientôt un nouveau tampon « Poète » sur les cartes d’identité ? Et une plume jaune à coudre sur le haut des vestes et des manteaux noirs ?

Sans doute ne sait- il pas que ces nouvelles mesures discriminatoires s’alourdissent malgré la libération officialisée par la fin d’une guerre qui en appelle peut-être une autre dans un avenir pas si éloigné que ça ? Les héros du Pindre n’auraient-ils plus le droit de s’inspirer des fraîches frondaisons de nos parcs urbains ? N’aurait–il plus le droit de profiter d’un coucher de soleil suite au couvre-feu imposé dès dix-huit heures pour tous les rimailleurs de la ville lumière ?

Il s’imagine déjà par une sombre nuit de juillet 1947, qu’à deux heures du matin, des gendarmes viennent lui indiquer qu’il a trois heures pour brûler tous ses poèmes et qu’ensuite un commando de rats spécialisé dans la lobotomie viendrait lui ronger la partie du cerveau, centre de son imagination « débridée ». Ces rats le tondraient entièrement et, à l’aide d’un trépan monté sur un aspirateur, commenceraient à lui pomper sa substance grise et rose, siège de tous ces rêves de ménestrel impétueux. Il deviendrait alors amorphe, prêt à supporter sans broncher l’humeur pugnace de bonshommes inféconds qui gueuleraient très fort en lui donnant de foudroyants coups de pied dans le cul et lui diraient : « Reste là, cochon de poète ! » Alors sa muse infectée par une exhalaison putride s’évaporerait à jamais en pleurant. Elle lui tendrait une dernière fois les bras et crierait dans son dernier souffle : « Artus, Artus, n’oublie jamais que tu resteras poète, envers et contre tous ces chacals piaulant dans la nuit sous la lune glaciale…» Puis, le p’tit pwète se mettrait à rire une dernière fois avant de s’éteindre comme une chandelle morte dans le coin le plus sombre de sa mémoire.

Mais c’est sans compter sur son naturel curieux et téméraire ! Ainsi, il brave l’interdiction et ose placer son pied gauche sur le gazon ! Il ne se passe rien ! Il y plante donc les deux pieds et esquisse quelques pas ! Au bout d’une dizaines de mètres de déambulation sur ses semelles de vent, il entend un concert de sifflets et se retrouve encerclé par un corps complet de gardiens de l’ordre ! Il reste figé sur place ! Les policiers brandissent leur matraque comme des points d’exclamations ! Artus fait demi- tour et rebrousse chemin ! Les policiers reculent tout aussitôt et disparaissent derrière les buissons ! Une fois de retour dans l’allée circulaire qui borde la pelouse, Grainbô tente encore une fois de poser un pied dans l’herbe tendre du printemps pour voir si l’intervention des forces de polices se reproduira ! Coups de sifflets jusqu’au moment de son retrait définitif de la zone interdite !

Le parc Monceau, c’est vrai est un trou de verdure où chante une onde claire et il serait mal venu de tarir son aqua simplex par des déjections s’accrochant follement aux herbes des haillons d’argent où le fier soleil se mire et fait mousser ce petit val de ses rayons ! Jalonnant les pelouses vallonnées, les massifs plantureusement fleuris composés par le maître jardinier du parc, Bertrand Michelet, attirent la curiosité des promeneurs et suscitent toujours des découvertes étonnantes pour les botanistes. Cet espace public est ordinairement le lieu de promenade de la grande bourgeoisie du quartier, qui s’y donne rendez- vous mais aussi un lieu privilégié pour les amateurs d'illusions romantiques et de décors insolites. Il ne comprend pas l’acharnement à protéger cet espace vert et à considérer les « pwètes » de son espèce comme des individus pollueurs et destructeurs de l’environnement ! L’urine des rimailleurs serait-elle particulièrement agressive pour le gazon !?

Mais bon, lui, Artus Grainbô, ne vient pas ici pour satisfaire ses besoins naturels et soulager son appareil permettant l’évacuation des produits du catabolisme de son propre corps sous une forme liquide. Il n’est pas un chien, bien que sa voisine de palier le surnomme le « pwète crotte-misère ». Michelet un pwète en herbe, lui aussi, a fait part à Artus que l’urine, et spécialement celle des chiens, a provoqué une destruction si importante du gazon que l’herbe n’arrive plus à repousser. Du coup, les mémères à toutous du Boulevard de Courcelles sont désormais contraintes d’emmener leurs clébards uriner dans les zones asphaltées du parc ou dans une cour de gravier réservée aux chiens. Mais quant à assimiler les pwètes à des molosses pisseux alors là… !

À sept heures du matin, au milieu du parc bordé de pelouses sacrées, le p’tit pwète sommeille encore d’amours imaginaires traversant sur ses semelles de vent la brume du point du jour. Sous les branches des saules pleureurs qui comptent leurs perles de rosée, évaporent les derniers lambeaux de chimères nocturnes répandant déjà l’odeur d’une fête d’été. Mais là-bas, dans l’immense ville de Lumières, vers les rues montantes et étroites qui mènent vers la butte, avec son pantalon à bretelles et son tricot déloqueté, l’Artus Grainbo sautille par- dessus les mousses rivées entre les petits pavés des sentiers encore brillant de la rosée matinale. Les mélodies des nuits oniriques débarquent entre ses deux oreilles et s’immiscent discrètement sur le bout de sa langue. Il fredonne les airs qui déversent des larmes roses sur les jonquilles frétillantes.

Monsieur Michelet ne comprend pas la réaction abrupte de la préfecture envers la race de ceux qui possèdent l’art de combiner les mots, les sonorités, les rythmes pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions. Mais bon, bientôt on considérera les pwètes comme étant l’élément le plus totalement inutile d’une nation, avec les militaires, les académiciens et les crottes sur le trottoir. On ne l’y reverra pas de si tôt au Parc Monceau ! Bonsoir M’sieurs dames ! Ah ! Cette vie de son enfance, le long boulevard qui s’étend jusqu’au parc, quelle sottise ! Et il s’en aperçoit seulement ! Il a raison de mépriser ces chiens qui ne perdent pas l’occasion d’une caresse, ces parasites de la propreté et de la santé de nos parcs. À cause d’eux, les pwètes, assimilés à des clebs écumeurs de boulingrins, sont interdits d’effleurer leur gazon. Le jeune garçon ne comprend pas la raison de ce dédain public affirmé ! Ciel ! Sont-ils assez de pwètes damnés ici-bas pour les confondre avec des corniauds de clabauds crottinant les macadams des villes cambrousées !?

Alors il s’évade, loin de ces préjugés malsains ! Il s’évade ! Épée de bois et lance pierres contre la maréchaussée ! Il interprète à lui tout seul des pochades, agitant dans sa caboche toutes les marionnettes qu’il a inventées depuis qu’il a pu quitter le berceau familial ! Il soliloque, changeant méthodiquement de voix ! Dialogue singulièrement avec la statue de Musset, réprimande le jeune faune de marbre ou invective le buste figé au regard absent de Gounod.

« Revoir Montmartre, bande de fripons ! Regardez, je pleure comme un veau ! Je suis seul dans cette ville trop grande pour ma petite âme ! Revoir ma rue de la Contrescarpe, où j’étais autrefois si bien dans mes godillots légers ! Pendant cette longue séparation, si les édifices n’ont rien perdu de leur caractère, les hommes ont bien changé ! De mes bons camarades, plus d’un manque à l’appel ! Allons fripons de Saint Diou ! Comment vous retrouver dans ses visages de pierre blanches ! Allons guignol, reviens moi pour un jour, une heure, toi si dévoué avant la guerre ! Mieux que personne tu peux me redonner la rigolbochade que je puisse encore battre un entrechat ! Espèce de Gnaffron ! Ta tigresse de Madelon te tire toujours les yeux à t’en faire une tronche de bancroche ! Hé pardi ! Espèce de jambe en manche de veste ! T’es plus très fier dans cette ville qui manque de vaillance et qui condamne les pwètes à brouter la caillasse en lieu et place du trèfle à vaches ! »

Au milieu du vent de ses répliques, de ses ripostes cinglantes et de ses tirades empanachées, l’artiste utilise son corps pour exprimer toutes sortes d’émotions et les partager avec son public de pierre. Ses mains se métamorphosent en ailes de papillons, leur battement reproduit celui du cœur. Sa fragilité exprime celle de sa propre vie. Les passants qui commencent à traverser le parc Monceau sont subjugués par tant de délicatesse et de verve ruisselante de fraîcheur enfantine ! Il est en représentation et parvient à contrer le vent dans sa marche mimée au cours de laquelle il se déplace à reculons tout en créant l’illusion par les mouvements de tout son corps qu’il est en train de marcher vers l’avant ! Il donne vraiment l’impression, à certains moments qu’il flotte ! Hallucinant ! Quel artiste cette graine d’Artus de Paris !

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)
ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 1)

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