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PHILIGHT BLUE EDITIONS

site littéraire d'auto-édition de Jean-Luc FLINES, auteur indépendant de romans, nouvelles et poésie. Grand admirateur des écrivains américains Paul Auster et Stephen King, Jean-Luc Flines est persuadé que L'imagination, en écriture, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là!

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ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)
ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)

ARTUS GRAINBÔ , Le p’tit pwèt crotte- misère

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)

Léa, la copine de Vercoton, était inconsolable ! Elle ne pouvait pas admettre que les naufragés de la Méduse fussent abandonnés comme ça à leur sort, à la dérive sur la Seine. Artus la consolait de son mieux. Il lui disait, comme ça, que ce n'était pas de véritables personnes mais seulement une représentation picturale d'un fait historique déjà lointain et que tout cela n'était que de la mise en scène ! Rien n'y fit ! C'était désolant de la voir chialer sur le quai Conti ! Pour la consoler, le p'tit crotte-misère de Grainbô voulut lui montrer la Tour Eiffel, rapport à ce qu'elle ne venait jamais dans ce quartier bien trop snob pour elle et qu'elle n'avait jamais vu la dame de fer qu'en carte postale du bar tabac de la Butte ! Elle pleurait toujours de plus belle et, quand ils sont arrivés au pied de la Tour, elle a relevé la tête et lui a dit : « Eh ben, mon p'tit père, si c'est ça ta tour à Eiffel, moi j'préfère franchement le ptit jet d'eau d'la place Pigalle, nettement plus sympa que c’t'amas de boulons et de tords boyaux de mitraille au père Gustave ! Ça m'fout l'vertige et puis elle t'a une gueule d'atmosphère vachement béchamel que finalement elle s'exhibe comme un haricot vert qu'aurait perdu sa nature ! Non franchement Artus, je m'en soucie comme de Colin-tampon d'la grande girafe à Eiffel !

Artus sortit sa catapulte de la poche de son pantalon, adopta la position du viseur avisé en direction du monument parisien, se penchant en arrière et fit semblant de tirer vers le sommet de la tour ! Léa croisa les bras et simula la trajectoire du projectile en arquant son corps vers l'arrière elle aussi !

« Arrête beni-mouffetard, t'arriveras jamais à la tiquer sur le dessus et à chabler la cacahuète de Madame ! T'as qu'du flan dans tes allonges ! Arrête, j'ai l'impression que tu veux m'en jeter plein la musique, mais moi, j'te trouve bien trop blaireau bléchard ! «

Et elle se remit à pleurer en marchant à toute allure pareille que le diable lui aurait couru après ! Artus la suivait comme on bagotte après une poule qu'on voudrait lui couper la tête ! Ils sont allés jusqu'au pont Mirabeau et là, venait la nuit et sonnait l'heure qu'il faudrait bientôt regagner Monmartre, où créchait l'autre Gustave, le Vercoton, dans sa piaule de « poigre poique » ou d' «archipoète » comme l'appelait la Zizouille ! Sous le pont Mirabeau coule la Seine et le jus des mirettes de Léa ! Et puis Il s'est mis à pleuvoir des cordes ! Ils étaient trempés comme des soupes ! Ils durent retraverser tout Paris. Le ciel était si pâle et les arbres si grêles qu'ils semblaient sourire à leurs fringues de misère qui allaient flottantes et légères, toutes trempées dans la flotte de ce bouillon de chien et la nonchalance de leurs mouvements d'ailes qu'ils faisaient avec leur bras pour se protéger vaguement de cette douche céleste !

« Si au moins, on avait un foutu jaluzot, on ne se saurait pas trempé par cette lavasse de merde ! » grommela Léa en essayant régulièrement de décoller sa robe à pois blancs qui lui clystérisait entre les miches !

Rue de la Pompe, Avenue Victor Hugo, Avenue Hoche et enfin Parc Monceau ! Quel périple à la mouillette. En sortant du parc la pluie cessa tout à coup ! La p'tite bichette et le p'tit crotte-misère arrivèrent dégoulinants devant l'immeuble de la rue Pierre Nemours, là où habitait Artus ! Il avait proposé à Léa de venir se sécher avant de regagner la rue Lepic, chez Vercoton ! Ils entrèrent dans le hall qui conduisait à la cage d'escalier. Le béret noir d'Artus n'était plus qu'une éponge gorgée d'eau. Il l'enleva, le tordit et le remit sur la tête ! Aussitôt que l'idée du déluge fut rassise, Léa se mit à rire aux éclats ! A son tour, Artus eut le boyau rigolard ! Il saisit Léa par la taille et lui plaqua un mimi sur la joue, puis la fixa dans les mirettes et lui dit : « T'as d'beaux yeux, tu sais ! » La môme devint toute rouge, lui sourit aux anges et lui dit : « Toi, la mie d'pain, t'as un coup de flambe ! » Fais gaffe si l'Gustave y savait ça, y t'tues !

- Tu lui diras rien !

- Laisse flotter les rubans, Artus, avec lui c'est pour la sécurité sociale, avec toi c'est coolbire, la vie à la douce !

- T'es bonne comme un ange, ma p'tite Léa ! Nous, nous allions, les poings dans nos poches crevées,mon paletot aussi devenait idéal pour flâner dans Paris. Nous allions ensemble sous le ciel, Léa ma Muse! Et j'étais ton féal ! Oh ! là ! là! que d'amours splendides nous avons rêvées!

- T'es vraiment un poète, p'tit pwète !... Moi, Mon unique culotte avait un large trou. Toi, le petit poucet rêveur, avec toi, j'égrenais des rimes dans mon cœur. Mon auberge, c'était les quais de la Seine, mes étoiles au ciel chatouillaient la cacahuète de la crâneuse d'Eiffel !

- Pas mal, pas mal pour une pt'ite bohème de la butte ! Lui dit Artus en lui donnant un baiser sur le front !

Soudain, on entendit du bruit sur le palier du troisième, c'était la mère Merdalor qui pointait sa tronche et se penchait pour interpeller Artus et Léa qui montèrent dardar ! A la hauteur du deuxième étage, ils stoppèrent net, écoutant les récriminations de la vieille folle !

-Espèce de petits merdeux, Z'avez pas vu l'heure qu'il est ! Passé 11h00 ! Y' a des gens qui veulent dormir, ici ! Allez faire vos saloperies ailleurs, toi le gavroche et ta greluche, du balai !

Là c'était trop, beaucoup trop à encaisser pour Artus ! C'est la goutte de fiel qui a fait déborder la coupe déjà bien pleine ! Artus saisit un carambar dans sa poche, déballa le bonbon en cassa un morceau avec ses dents, le mâcha quelques instants tout en remontant les marches de l'escalier comme une balle, le ressortit de la bouche, en fit une boule, l'ajusta à son lance-pierre et visa Ginette Merdalor qui reçut le projectile en plein dans l'œil !

Léa ne rigolait plus ! La bourgeoise courut à la poursuite d'Artus qui tira Léa par le bras, l'emmenant avec lui dans son petit appartement et ferma derrière lui la porte avec le verrou ! Merdalor geignait, rageait, grognait, larmoyait, pleurnichait, récriminait tout en rentrant chez elle. Avant que la porte ne claquât, les deux jeunes poètes de la nuit, l'oreille collée sur la leur, étouffant des rires nerveux, entendirent la voix tonitruante de leur voisine de palier qui hurlait un « Je m'vengerai, je m'vengerai ! Un jour il me le paiera ! »

Artus et Léa, épuisés par cette traversée de Paris sous la pluie, enlevèrent tous leurs vêtements mouillés, les mirent à sécher sur des chaises et enfin allèrent s'étendre et tombèrent aussitôt de sommeil sur le petit lit frais, dans les bras l'un de l'autre. Le béret d'Artus glissa sur la descente de lit, juste à côté du petit sac en plastoc rouge de Léa ! Ensemble, ils ravalèrent tous leurs rêves, ne maudissant pas du tout la vie qui semait en eux les fleurs de songes éclatants d'enfance veloutée !

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)
ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 4)

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