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ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 12)

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ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 12)
ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 12)

Depuis cette bagarre vite esquivée par les jeunes amoureux de Montmartre, le ciel s’était voilé en un rien de temps et il se mit soudain à pleuvoir, comme si le côté maussade du temps de cette soirée présageait une nuit où les tourments allaient se pointer comme dans une tragédie ! N’empêche que, la pierre blanche de la basilique semblait encore plus étincelante et ce bibelot des bénédictines de Montmartre invitait les amants du soir à l’investir. Bras dessus, bras dessous, Artus et Lisa, apaisés devant la majesté de la basilique, avaient le nez, non pas dans les étoiles qu’on ne voyait déjà plus dans le ciel obscurcit par la masse nuageuse, mais par le dôme de style romano-byzantin dont le lanterneau formé d'une colonnade était curieusement illuminé tel un phare indiquant la route à suivre à l’équipage d’un navire en détresse.

- C’te bouillon d’lavasse qu’est en train de nous pisser dessus, ne me dit rien qui vaille, Lisa ! marmonnait Artus d’assez mauvais poil par cette nuit menaçante.

-C’n’est pas c’te sirop d’grenouille qui va nous gâcher la soirante ! On est bien ici, on n’est pas loin du bon Dieu et je sais, crois- en mon pifomètre, qu’il ne peut plus rien nous arriver de moche !

- N’empêche Zizouille, Vercoton et les autres de la fête doivent bien s’inquiéter de ne pas nous avoir vus rappliquer depuis notre petite sortie pour prendre l’air !

- T’occupe, bonhomme ! N’te fais pas d’bille, l’arsouille ! Ils ont bien autre chose à faire que d’s’occuper d’not pomme ! Quand Vercoton trinque, il oublie tout ! Même de rassembler la basse-cour pour leur donner à picorer ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Artus n’avait pas du tout le cœur à rire ! Il savait bien que, dans sa clairvoyance de corbeau de la butte qui aurait lissé ses plumes, un drame allait se jouer dans l’heure qui suivait ! Il avait également vu des moineaux qui se battait le matin sur la place du Tertre et ça la croyance populaire est formelle : ils annoncent la guerre !

Soudain la « Savoyarde », la plus grosse cloche de France, se mit curieusement à tinter dans le campanile ! Cette merveille de plus de dix-huit tonnes ne sonne pourtant uniquement que pour les grandes fêtes religieuses, notamment à l'occasion de Pâques, de la Pentecôte, de l'Ascension, de Noël, de l'Assomption et de la Toussaint et on peut l'entendre alors à dix kilomètres à la ronde ! C’était donc un signe que les deux enfants prirent pour un miracle. D’ailleurs, Lisa s’agenouilla dès qu’elle entendit ce coup de bourdon !

-N’faut pas hésiter, mon gosselin, y faut rentrer dans la basilique ! C’est not’ salut, mon pote ! Le Bon Dieu, il nous a dit comme ça que c’est là qu’on aura not’ révélation du jour !

- Une révélation ? Quelle révélation ?

-T’occupe ! Ne tergiverse pas comme un vieux zig ! Tu t’enquilles dans l’entiffe et tu verras ! Foi de Zizouille la fripouille !

- T’as pas l’intention qu’on s’marie un jour de pluie, hasard ?

- N’rigole pas mon mignon, n’rigole pas ! On n’est encore trop jeunots pour se maquer à c’t’heure ! Mais viens j’te dis, si les fiass de Merdalor rappliquent, c’est la planque, j’te dis !

- Ces feignants de frelots ne me font pas peur, j’peux les attendre ici sur le parvis ! Toute la nuit s’il le faut !

-Je te crois, frérot, je te crois, mais bon on peut crécher au sec, ça n’paie pas de pain ! Et puis, crois-moi, c’est là-dedans qu’on peut leur jouer un tour à not’ façon ! J’ne te dis que ça ! Allez viens !

Grainbô finit par céder aux arguments de Lisa et, les deux tourtereaux touchèrent ensemble d’une main hésitante la lourde porte centrale en bronze de l’entrée principale de la basilique. Celle-ci s’ouvrit très lentement d’elle-même miraculeusement. Ils restèrent quelques instants à admirer le tympan central sculpté en bas-relief par Léon Fagel, « Le coup de lance d'un soldat après la mort du Christ ».

Lisa se signa et Artus l’imita maladroitement.

ARTUS GRAINBÔ, le p'tit pwète crotte-misère (épisode 12)

Depuis cette bagarre vite esquivée par les jeunes amoureux de Montmartre, le ciel s’était voilé en un rien de temps et il se mit soudain à pleuvoir, comme si le côté maussade du temps de cette soirée présageait une nuit où les tourments allaient se pointer comme dans une tragédie ! N’empêche que, la pierre blanche de la basilique semblait encore plus étincelante et ce bibelot des bénédictines de Montmartre invitait les amants du soir à l’investir. Bras dessus, bras dessous, Artus et Léa, apaisés devant la majesté de la basilique, avaient le nez, non pas dans les étoiles qu’on ne voyait déjà plus dans le ciel obscurcit par la masse nuageuse, mais par le dôme de style romano-byzantin dont le lanterneau formé d'une colonnade était curieusement illuminé tel un phare indiquant la route à suivre à l’équipage d’un navire en détresse.

- C’te bouillon d’lavasse qu’est en train de nous pisser dessus, ne me dit rien qui vaille, Léa ! marmonnait Artus d’assez mauvais poil par cette nuit menaçante.

-C’n’est pas c’te sirop d’grenouille qui va nous gâcher la soirée ! On est bien ici, on n’est pas loin du bon Dieu et je sais, crois- en mon pifomètre, qu’il ne peut plus rien nous arriver de moche !

- N’empêche Zizouille, Vercoton et les autres de la fête doivent bien s’inquiéter de ne pas nous avoir vus rappliquer depuis notre petite sortie pour prendre l’air !

- T’occupe, bonhomme ! N’te fais pas d’bille, l’arsouille ! Ils ont bien autre chose à faire que d’s’occuper d’not pomme ! Quand Vercoton trinque, il oublie tout ! Même de rassembler la basse-cour pour leur donner à picorer ! Ah ! Ah ! Ah !Ah !

Artus n’avait pas du tout le cœur à rire ! Il savait bien que, dans sa clairvoyance de corbeau de la butte qui aurait lissé ses plumes, un drame allait se jouer dans l’heure qui suivait ! Il avait également vu des moineaux qui se battait le matin sur la place du Tertre et ça la croyance populaire est formelle : ils annoncent la guerre !

Soudain la « Savoyarde », la plus grosse cloche de France, se mit curieusement à tinter dans le campanile ! Cette merveille de plus de dix-huit tonnes ne sonne pourtant uniquement que pour les grandes fêtes religieuses, notamment à l'occasion de Pâques, de la Pentecôte, de l'Ascension, de Noël, de l'Assomption et de la Toussaint et on peut l'entendre alors à dix kilomètres à la ronde ! C’était donc un signe que les deux enfants prirent pour un miracle. D’ailleurs, Léa s’agenouilla dès qu’elle entendit ce coup de bourdon !

-N’faut pas hésiter, mon gosselin, y faut rentrer dans la basilique ! C’est not’ salut, mon pote ! Le Bon Dieu, il nous a dit comme ça que c’est là qu’on aura not’révélation du jour !

- Une révélation ? Quelle révélation ?

-T’occupe ! Ne tergiverse pas comme un vieux zig ! Tu t’enquilles dans l’entiffe et tu verras ! Foi de Zizouille la fripouille !

- T’as pas l’intention qu’on s’marie un jour de pluie, hasard ?

- N’rigole pas mon mignon, n’rigole pas ! On n’est encore trop jeunots pour se maquer à c’t’heure ! Mais viens j’te dis, si les fiass de Merdalor rappliquent, c’est la planque, j’te dis !

- Ces feignants de frelots ne me font pas peur, j’peux les attendre ici sur le parvis ! Toute la nuit s’il le faut !

-Je te crois, frèrot, … je te crois, mais bon on peut crécher au sec, ça n’paie pas de pain ! Et puis, crois-moi, c’est là-dedans qu’on peut leur jouer un tour à not’façon ! J’ne te dis que ça ! Allez viens !

Grainbô finit par céder aux arguments de Léa et, les deux tourtereaux touchèrent ensemble d’une main hésitante la lourde porte centrale en bronze de l’entrée principale de la basilique. Celle-ci s’ouvrit très lentement d’elle- même miraculeusement. Ils restèrent quelques instant à admirer le tympan central sculpté en bas-relief par Léon Fagel, « Le coup de lance d'un soldat après la mort du Christ ». Léa se signa et Artus l’imita maladroitement.

Devant eux, une lumière vive les inonda et ils pénétrèrent, poussés par une main mystérieuse, un souffle chaud, un peu comme celui des souffleries du sas d’entrée des Galeries Lafayettes, les enveloppa et sembla les soulever à quelques millimètres du sol, les faisant glisser doucement dans l’allée centrale vers le chœur de la basilique et son retable en marbre de Carrare. Artus écarquilla ses mirettes ! C’était la première fois qu’il pénétrait dans ce Sacré-Cœur. C’était aussi tout simplement la première fois qu’il franchissait le portail d’une église catholique ! Dès qu’il vit le chœur fermé par onze arcades romanes, étrangement prolongées vers le haut, Artus demeura en extase !

- Retire ton béret, Artus, t’es dans une église ! Lui souffla doucement Léa à l’oreille !

- Tu crois ?

-J’en suis sûr !

-Et si je ne l’enlève pas, qu’est-ce qui va se passer !

-Jésus ne sera pas content !

-Et Alors ? ....

-Ben si tu veux mon avis …

- T’occupe, mon béret c’est ma kippa à moi ! Mon Oncle Isaac disait toujours qu’un juif, quand il entre dans une synagogue pour le sabbat, il doit être couvert ! C’est un signe de respect, d'humilité envers le Tout-Puissant, il disait tonton Isaac !

- Oui mais ici on n’est pas dans une syna …

Léa n’acheva pas ! Les orgues de la basilique se mirent en branle. Les quatre claviers de soixante et une notes et le pédalier de trente-deux notes se mire à jouer la Toccata et fugue en ré mineur de Bach ! Artus se remis à genoux, leva la tête en l’inclinant par l’arrière et balaya fiévreusement les quatre cents soixante- quinze mètres carrés de la mosaïque du chœur d’Olivier Merson représentant « Le Triomphe du Sacré-Cœur de Jésus». Tandis que son amie se recueillait les mains jointes et la tête basse, Grainbô fixa son regard sur le personnage du Christ, les bras étendus, la tête auréolée et couronnée par une colombe symboLéant l’Esprit Saint ! Soudain, l’auréole en question devint graduellement plus lumineuse et se mit à tournoyer autour de la tête du fils de Dieu.

-Hé regarde, zizouille ! Y’a Jésus, il a sa caboche qui s’enflamme ! Qu’est-ce qui se passe ?

Léa releva la tête et sortit de sa méditation. Les traits de son visage se détendirent lorsqu’elle constata aussi le phénomène surnaturel qui se produisait dans cette œuvre d’art religieux !

Elle se pencha légèrement vers Artus et lui dit ironiquement à mi-voix : « C’est parce que tu n’as pas enlevé ton béret ! C’est Jésus qui pique une crise !

-Tu rigoles ! Y va pas s’facher pour ça, ni enflammé la basilique pour si peu ! Non c’est aut’chose, c’est un trucage pour nous….

Mais au moment où ils discutaient de la nature de ce phénomène, l’orgue cessa de jouer et le visage d’un autre homme barbu transparaissait sur celui du Christ. Son cœur se mit également à s’enflammer et le drapage blanc du vêtement du Messie vira progressivement au noir se mutant en un costume complet comme on en portait au temps de Marius et Cosette !

- Oh ! Monsieur Victor ! Lança tout haut Artus, ne contrôlant plus sa spontanéité.

- Tu rigoles ou quoi ?

-J’te jure, c’est le même personnages qu’était aux barricades...C’est mon ami Monsieur Victor !- Au barricades !? Quelles barricades !?...

-J’t’expliquerai !

Tout en dialoguant rapidement, les deux adolescents ne quittaient pas l’apparition de vue !

- Victor ?...

-Oui Victor ! …Monsieur Victor Hugo en personne !

-Celui qu’a écrit les Misérables !

- Tout à fait ! Tu te rends compte, il est là rien que pour nous !

- N’empêche il est vraiment culotté ton « Monsieur Victor » pour prendre la place de Jésus-Christ !

Comme ils bavardaient, le buste du célèbre écrivain s’agrandissait et ses traits devenaient sensiblement plus visibles. Au bout de quelques secondes, il surplombait Artus et Léa. Sa voix se fit entendre avec une force et un écho qui les firent frissonner d’émotion :

« Artus, Léa, mes enfants, Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la butte, vous serez délivrés ! Voyez-vous, je sais ce qui vous attend. Vous irez de cloche en cloche par la basilique, vous lutterez et vous triompherez du mal des hommes délateurs et de leurs descendants. Rien ne demeurera impuni plus longtemps. Vous marcherez les yeux ouverts jusqu’à la rédemption. Sans rien oublier, sans plus aucune frustration ! Vous ne serez plus seuls, inconnus, le dos courbé par les misères d’autrefois, les mains croisées par l’impossibilité de faire justice. Plus jamais ça ! Fini la tristesse des jours noirs comme les nuits affreuses. Vous ne verrez plus que l’aube nouvelle. Plus que les ailes des moulins de Montmartre, plus que la joie des fêtes de la butte avec leurs fleurs et leurs musiques pimpantes. Mais avant, mes enfants, vous devrez livrer bataille ! Faire triompher le droit et la vérité !

« ...Ce n'est pas la fin des canons des verts de gris,

Ni l’oubli des rafles de juillet, ni les bombes désamorcées,

Qui font la haine éteinte et l'ulcère amaigri.

Moi, pour aider les orphelins de la nation à revivre avec volonté,

Je me penche vers vous. Commencement : je vous aime.

Le reste vient après. Oui, je suis avec vous,

J'ai l'obstination farouche d'être doux,

Ô vaincus, et je dis : Voici le temps des représailles !

Ô votre jeune cœur de juif, sans cesse il tressaille

Pour tous les enfants perdus à jamais, tu vibras pour eux

Pour les enfants ayant leur mère loin de leurs yeux.

Quand je pense qu'on a tué des femmes innocentes,

Qu'on a vu, le matin, des mains sortir des fosses puantes,

Ô pitié ! Quand je pense à ceux qui jamais ne vont revenir !

Ne disons pas : Par l’ordre nouveau ils furent proscrits, ils furent martyrs.

Ne pleurons pas sur nous devant ces deuils terribles ;

De toutes les douleurs ils tombèrent dans ces camps horribles ;

Ils ont été dispersés au vent qui les a emportés loin de leur patrie,

Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel obscurcie d’une fumée pourrie.

Où ? qui le sait ? Leurs bras vers nous en vain se dressent.

Oh ! Ces trains dévoyés sur qui j'ai pleuré peuvent réapparaître,

Avec leurs wagons infernaux où l'on expire suffoquant

Sur eux l'énormité d’un convoi déjà mourant !

Ils ne purent se relever debout ; le plancher de douleur vibrait de surcroît ;

Ils mangeaient avec les doigts au baquet tous ensemble dans leur pyjama rayé,

Il buvait l'un après l'autre au bidon, Ils avaient de plus en plus froid,

Ils avaient peur, l'ouragan de la haine tourmentant le cachot gelé ;

L'eau grondait, et l'on ne voyait, parmi ces bruits funèbres,

Qu'une cheminée allongeant son cou de fumée dans les ténèbres.

Aujourd’hui, en vérité je vous le dis, va retomber ce deuil qui ce soir encore vous étouffait.

Tous ces jeunots d’une Merdalor sont de méchants idiots, et que de mal ils ont déjà fait !

Mais aujourd’hui, comme leur traître mère qui ne faisait pas que raser les murs,

L’heure de la justice a sonné par vos bras armés ils vont passer un matin si dur ! »

Léa et Artus avaient les larmes aux yeux ! Entendre ainsi, l’auteur des « Misérables », le vrai père de Cosette, de Marius, de Fantine, évoquer la tragique disparition de leurs parents et son réquisitoire contre les monstres de méchanceté qui avait trahi leur pays, vendu leurs amis, dénoncé le bouc émissaire. Prenant la parole pour défendre l’enfance dont il avait si bien évoqué son vert paradis, usant d'un discours tout proche de l'ironie, Hugo courait le risque d'être mal compris par ces deux enfants, de délivrer une parole trouble, voire obscure.

Mais à voir l’émotion qui emplissait nos deux êtres innocents, il n’en n’était rien ! Le message semblait être bien passé. D’ailleurs, Artus agenouillé et les mains tendues vers son illustre ami l’avait fort bien compris et, spontanément, lui délivra un message clair et judicieux en ces circonstances :

« Au gibet noir, idiots minables,

Dansent, dansent les mouchards,

Les vilains mouchards du diable,

Les rats puants des salopards. »

Artus se relèva et sortit son épée de bois au bout du bras, la tendit à la verticale, la faisant régulièrement tournoyer tandis que l’image de Hugo s’estompait et laissait apparaître de nouveau le visage du Christ.

« Monsieur Hugo tire par les cheveux

Les fils de Merdalor dans leur chemise brune,

Et, leur crachant au visage toute la lie des morveux

Les rase, les tond sous la pleine lune !

Et les fils humiliés se cachent dans les ruelles de la Butte

Comme des cancrelats noirs, les têtes sans le poil

Que lissait autrefois leur mère caressante pour ces brutes

Se cognent à l’histoire loin de l’éclat des jaunes étoiles. »

Léa, sourit aux anges et rit de jouissance aux invectives de son petit Grainbô.

« Hurrah ! Les défaits de la guerre, qui n’avez pas de conscience !

Vous pouvez railler ceux qui n’ont pas de patrie, les humilier pour de bon !

Hop ! Qu'on ne sache plus si c'est épuration, justice ou transparence !

Monsieur Hugo enragé frappe du marteau de bois sur le banc des poltrons !

Ô durs souvenirs, jamais on n'oubliera leur trahison de gueux !

Presque tous ont quitté la chemise de haine brune ;

Aujourd’hui, ce sont des extrémistes, des racistes scandaleux.

Sur les crânes, les croix d’aryen sur fond de sang de trouducune :

Le corbeau en blouson noir fait sa zarma à nos têtes hébétées,

Un filet de bave enragée et foireuse coule de leur faraud menton :

On dirait, roulant les mécaniques dans les bals surpeuplés,

Des gringuenaudes, des vernisseurs de crottes de chien en carton.

Hurrah ! La bise siffle au grand bal des mouchards !

Le gibet noir mugit comme un orgue de fer ! .... »

Un bruit métallique lointain pervertit tout à coup le calme du lieu saint. Artus interrompit son exaltation poétique, calibra de nouveau rapidement tous ses sens et, à l’ombre d’une colonne, attira Léa dans un éclair fulgurant, de toutes ses forces. On entendit plus une mouche voler. Après un long moment de temps suspendu, Artus qui serrait très fort son amie, laissa tomber son épée de bois et l’embrassa passionnément durant une éternité.

La porte de bronze résonnait de coups sourds et réguliers. Artus et Léa avaient interrompu leurs étreintes et s’étaient agenouillés sur une chaise ! Ils étaient transits de peur en entendant ce lourd portail métallique qui cognait dans leur poitrine. Soudain les deux battants cédèrent et, tels deux polichinelles sortant de leur tiroir, Hans et Günther, les fils de la Merdalor surgirent, les membres tendus, le visage agressif et les chaînes serrées dans des poings sanguinaires ! Les tigres avaient retrouvé leurs proies innocentes et s’apprêtaient à jouer lourdement avec elles, apparemment sans défenses. Dans leur petite tête de crapauds desséchés, ils ne feraient qu’une bouchée de ces souriceaux de « youdes » comme ils les appelaient si tendrement ! Cependant leur ombre dessinée par la pleine lune, de nouveau dégagée après la pluie, les rendaient semblables à des Goliath de bandes dessinées.

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À propos

Jean-Luc FLINES

Je suis auteur et illustrateur de mes textes d'écriture. Je m'adresse à mes contemporains pour leur faire partager des effets atmosphériques, des émotions, des vibrations, des éléments: eau, air, terre, des regards fixés, des histoires au bout d'un pinceau ou d'un clavier d'écriture.
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