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PHILIGHT BLUE EDITIONS

site littéraire d'auto-édition de Jean-Luc FLINES, auteur indépendant de romans, nouvelles et poésie. Grand admirateur des écrivains américains Paul Auster et Stephen King, Jean-Luc Flines est persuadé que L'imagination, en écriture, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là!

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HARU ASAKAÏDO et le silence inaltérable du blanc de céruse (épisode 08)

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HARU ASAKAÏDO et le silence inaltérable du blanc de céruse (épisode 08)

CHAPITRE 8

MALADIE, EXÉCRATION OU RÉDEMPTION ?

HARU ASAKAÏDO et le silence inaltérable du blanc de céruse (épisode 08)

Ces deux jeunes filles peintres étaient devenues le pur instrument de l’inconscient cosmique et avaient donc communiqué à leur art tout un souffle de vie. Il était clair que, pour elles, l’acte de peindre au fil du temps et tout au long de leur itinéraire pictural avait constitué un tremplin dans leur évolution et leur formation.

Avant tout, la peinture fut leur chemin, une méthode indiscutable de mise en route. En intégrant des gestes, des attitudes, des techniques, elles les avaient oubliés par la suite pour ne garder que l’acte de peindre.

Les deux artistes n’étaient pas esclaves de leur passion et ne se complaisaient pas dans l’illusion d’un art stérile et répétitif, soucieuses de leur nature divine et de leurs talents potentiels.

« Réveillez-vous ! Ouvrez vos yeux ! » scandait Kira qui réunissait régulièrement ses autres amies artistes autour d’une tasse de thé.

« Appliquez-vous le plus profondément possible au travail spirituel, ne gaspillez pas votre temps à de vaines représentations conventionnelles ! Montrez votre courage, votre pouvoir, votre vigueur ! Faites usage de votre sagesse ! La joie et le bonheur constituent votre héritage sacré ! Dès lors, c’est en vous, qu’il faut fouiller pour enfin aboutir à cet enchantement éternel ! »

Kira ôtait son vêtement, dénudant son dos et l’exhibait en touchant du pinceau le bas de son épine dorsale par une circonvolution du bras.

« L’énergie est là, à la base de votre colonne vertébrale ! » Elle passait plusieurs fois les poils de son pinceau sur le serpent tatoué, enroulé sur lui-même. Toutes les pratiques spirituelles doivent avoir comme origine cette partie de votre corps pour éveiller le pouvoir du serpent et son glissement ascensionnel le long de vos centres spirituels, croisant ainsi la perception du paysage, du sujet, de l’être capté par vos yeux et chargé d’énergie jusqu’au bout de votre main, de vos doigts qui transmettent ensuite tout le sublime de votre impression ! »

Au fil de cette promenade mentale à travers la campagne de son imagination, elle s’infiltrait dans l’esprit de la vallée qui ne meurt jamais. Et cette vallée, c’était son âme !

À d’autres moments, devant son papier artisanal, son aquarelle admirée sans cesse par son amie souffrante, absente et modelée par le silence, Haru ignorait toute présence, assurant quelques retouches imperceptibles à la distance d’où l’âme bienveillante l’observait.

Des heures entières s’écoulaient ainsi, alors que les yeux immobiles fixaient sans ciller, soucieux de ne modifier aucune particule de l’air et de ne partager ainsi nulle onde perturbatrice.

De la hauteur où le regard de Kira s’était fixé pour contempler la scène élaborée, la démarche de Haru s’assimilait à un acte d’abandon de soi à la nature, un don de son temps pourtant si précieux. Les vibrations de ses gestes glissaient paisiblement au fil de l’eau et, de son pinceau à tête noire, ruisselaient légères et impertinentes au travers de la silhouette équilibrée du dieu de la montagne.

Dans sa tête, Kira avait spontanément donné un titre au tableau de son amie : « La Porte de la Source. » Au seuil de la mort et déjà en contact avec elle, elle avait besoin de se purifier au travers de la transparence bleutée de l’eau aquarelle. Son sang contaminé par le poison était impur et l’envie pressante d’assainir son corps perturbait sa sérénité trop inquiète d’être envahie par les malédictions.

Sa maladie était-elle une exécration ou une rédemption pour pénétrer encore plus profondément au fond d’elle-même et de son art ? Haru allait faire en sorte que cette « malédiction » causée par un excès de blanc de céruse soit une clé d’accès à un royaume, le pont qui faisait passer les âmes au-dessus de cette immense masse d’eau dont la beauté et l’immensité redonnait vie à tout être ayant un don artistique ! Ce don, il fallait le soumettre aux kamis qui contrôlent tous les aspects de la vie humaine et de la nature, dieux et déesses, esprits qui animent la nature, âmes des ancêtres et génies des arts ! L’animisme était représenté chez Kira par certains détails divins qui surgissaient à l’œil bien observateur de ses admirateurs. Mais surtout l’ensemble de la composition picturale dégageait à la fois une puissance dans la sobriété et une menace dans l’aspect d’une montagne, d’un arbre tordu, d’une croisée de chemins mystérieux. Kira, comme Haru, insufflait un caractère universel et primitif à ses tableaux, mais toutefois, infiltrés par une espèce d’énergie de nature divine. Sous forme d’éléments inanimés, le Kami apparaissait et faisait ressentir sa force en dérangeant l’uniformité du paysage naturel. À première vue, rien ne pouvait permettre d’identifier un kami, mais on percevait le blanc de céruse d’un œil vif et introspectif, on distinguait sous le voile immaculé la silhouette d’une déesse du Soleil ou d’un dieu des tempêtes. Certains de leurs admirateurs fervents, paraît-il, savaient percevoir les vents « capturés » par les deux artistes sur les côtes du Japon !

Asakaido était très fière d’un de ses tableaux qu’elle considérait comme un point d’orgue dans son œuvre : « Cerisier de Kami » où deux divinités à visages humains, penchées sur l’océan bien au-delà du pont céleste, frappèrent les eaux d’une branche de cerisier fleuri. Ils firent émerger du fond de l’océan une petite île sur laquelle ils se fixèrent, donnant ainsi naissance, par leur union, à toute une nature qui forma selon elles, l’ensemble de l’archipel du Japon dominé par la déesse Amaterasu et son frère Susano-o. Haru s’était même évertuée à peindre sa famille proche rassemblée au pied du Mont Fuji sous l’œil attentif d’un kami protecteur des ancêtres.

Kira Shiryuki allait vire au-delà du papier fibreux par la douceur des pinceaux de soie, plus pure que l’eau répandue sur l’immense surface des rêves de Haru Asakaido.

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HARU ASAKAÏDO et le silence inaltérable du blanc de céruse (épisode 08)

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