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PHILIGHT BLUE EDITIONS

site littéraire d'auto-édition de Jean-Luc FLINES, auteur indépendant de romans, nouvelles et poésie. Grand admirateur des écrivains américains Paul Auster et Stephen King, Jean-Luc Flines est persuadé que L'imagination, en écriture, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là!

PHILIGHT BLUE EDITIONS

LA PESTE, un auteur, un comédien

LA PESTE, un auteur, un comédien
LA PESTE, un auteur, un comédien
LA PESTE, un auteur, un comédien
LA PESTE, un auteur, un comédien

Le comédien est debout sur la scène. Il retient son souffle car, dans quelques instants, la représentation va commencer.

Vingt heures passées de trois minutes. Il fait chaud dans la salle, et, bien qu'il se sente en état de grâce, comme tous les soirs, autour de lui, le décor totalement nu, immense et âpre, semble différent. Le comédien est toujours debout, hiératique, enserrant fermement la poignée de son cartable en cuir de la main gauche.

Le fauteuil, la table, la petite sellette où est posé le poste de radio, tout cela n'existe déjà plus.

L'éclairagiste essaie ses jeux de lumières synchronisées avec la musique.

Soudain, le noir complet.

Quelque chose a changé, c'est certain. La lumière revient, mais cette fois, elle est froide.

Le décor s'est subitement transformé en un espace nouveau, fascinant. Il n'est pas rutilant mais cosmique par les contrastes d'ombre et de lumière. Les dégradés de plans vers des lointains nébuleux. Une sorte de vallée abrupte, inabordable, très angoissante et assez éthérée, renforcée par des bruns, des verts fluorescents aux reflets bleutés. Des constructions en blocs de volumes compacts marquent un certain esprit de démesure et d'orgueilleuse mégalomanie.

Cependant, il est clair que la Peste est bien là !

Le comédien se rappelle de la phrase de l'auteur du roman duquel cette pièce de théâtre est tirée : « Le bacille de la peste ne meurt, ni ne disparaît jamais et peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que peut-être le jour viendra où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillera ses rats et les enverra mourir dans une cité heureuse. »

Le comédien voit le rideau se lever lentement, très lentement. Les spectateurs murmurent entre eux et sont étonnés de découvrir ce décor qui n'est pas celui annoncé dans la scénographie habituelle. Un moment de silence, un trop long moment de silence !

L'auditoire est figé comme un arrêt sur image. Plus un souffle, plus un toussotement, plus un froissement de vêtement contre les fauteuils. Le public est présent, mais il n'est pas là ! Il ne peut pas voir ce qui va se passer sur le plateau.

Le comédien regarde autour de lui et s'avance à l'avant-scène. Il est rasé par une lumière latérale qui accentue les ombres de son visage. Il est inquiétant. Il commence à réciter son texte, le texte que l'auteur a écrit et que le comédien a déjà dit trois cent soixante-trois fois sur le même plateau, dans le décor d'origine : « Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en mille neuf cent quarante...à Oran... »

Son front le démange car il commence à transpirer, il sent la lourdeur de son cartable, l'étroitesse de son imperméable gris, de sa montre autour de son poignet. Il étouffe quelque peu dans ses vêtements, ses chaussures, son col de chemise, sa cravate trop serrée qu'il dénoue de sa main libre. Il fait quelques pas en face d'un énorme solide parallélépipédique auquel est accolée une drôle de maison de style maghrébin, sans toit, avec de petites fenêtres. Il hésite avant de parler, il doit improviser, il sait que ce ne sont pas ses mots habituels, ni ceux de l'auteur, alors il se lâche :

« Imaginez une ville, avec des corbeaux noirs qui virevoltent autour d'une main griffue, tendue vers le ciel au travers duquel passe un serpent de fumées cendrées... »

Et l'auteur, l'auteur penche la tête, les yeux sombres, la cigarettes au coin des lèvres, le visage barré par un arbre veiné de bleu ! Il a déjà saisi que le comédien est sous l'emprise de la peur ! Rien à voir avec le trac de l'acteur ! Le comédien est devenu quelconque, gris, terne, reflétant exactement l'écriture de l'auteur dont il croise le regard vide qui fixe un volatile noir. Le corbeau décrit des circonvolutions menaçantes. L'acteur a déposé son chapeau brun sur le sol. Des rats commencent à tourner autour et à s'approprier son odeur.

Mais quelle idée d'incarner à lui seul tous ces personnages contradictoires ! C'est un défi, son défi ! Mais aujourd'hui, ce soir, il se sent seul, réellement seul. Il se sent lui-même. Il bouge vers la gauche, s'écarte du mur et se retrouve face à deux droites de perspectives, deux rails, une voie de chemin de fer ! Du regard, il suit son tracé et ses yeux s'écarquillent lorsqu'il découvre la silhouette d'une construction qu'il connaît parfaitement !

Soudainement, il entend le bruit d'un train qui s'arrête au milieu de cette nuit en plein jour.

Les portes des wagons s'ouvrent. Du bâtiment en question, il entend, noyées dans un brouillard de cendre, les vociférations outrancières.

On dirait l'entrée du camp de Birkenau ! Le portail de Birkenau ! La porte par laquelle entraient les convois des déportés avant d'être triés ! Oui, c'est ça, le camp d'extermination de Birkenau ! Oh ! Misère ! De par sa forme et sa destination diabolique, cet édifice est un véritable oiseau de mort dont les ailes déployées entourent une gueule sombre, prête à engouffrer ses victimes !

Mais bon sang, quel rapport avec la peste ?

Il est docteur, un docteur pris au piège de l'absurde. À ses pieds, une forme indistincte, sortant d'un champ de coquelicots, se faufile en rampant entre les voies du chemin de fer. Un être frêle, à la peau jaunâtre, dressant péniblement la tête pour observer le docteur qui vient de loin.

Mais lui, l'homme au visage émacié et au regard insondable semble épuisé, agonisant, sous la volonté métaphorique de la négation de la personne humaine par des rats tortionnaires. Non, ce n'est pas la peste d'Oran, c'est une autre peste transmise par une bête immonde, fulminant dans des éructations haineuses et répétitives.

Le médecin se tourne vers le cadavre rampant et se penche doucement vers lui. Soudain, irruption d'un rat dodu et agressif. Le rat s'arque et s'ébouriffe, fait le gros dos, souffle, se frotte les côtés, le dessous du ventre, partout ! En gros, il fait son malin ! Il est nerveux, sursaute, crie quand le docteur s'incline un peu trop vers ce déporté décharné. Le médecin l'ignore. La queue du rongeur se tortille comme un serpent. Mais de sa voix étonnante et métallique, le comédien qui incarne le docteur ne contient plus son émotion et parle en libérant le texte de l'auteur, mêlant le symbole de la vérité et celui du mystère qui l'angoisse. Il s'adresse au rat gluant qui est venu s'interposer entre lui et celui qu'il s'apprêtait à secourir.

« Tous les soirs, des mères hurlent ainsi à cause de vous, avec cet air vide et abstrait devant les ventres offerts avec leurs signes mortels. Ce soir, des bras veulent agripper aux miens. Ce soir des paroles inutiles, des cris de pitié, des aboiements de chiens féroces, des bruits de bottes, des grondements de feux crématoires se mélangent dans ma tête ! J'entends les discours sans pitié de vos agressivités hormonales !

Le rat se redresse de plus belle, signe pour ses congénères de se regrouper autour de lui et affronte verbalement le médecin : « Ils sont dans le malheur, ils l’ont mérité, ils se sont opposés aux desseins de notre leader et notre peste à nous les fait tomber à genoux et pour longtemps ! Ils seront plongés dans les ténèbres de cette peste au point où les vivants ne suffiront plus à enterrer les morts ! »

D'un geste sobre mais efficace, le comédien, en se servant de son cartable comme de la lame frontale d'un bulldozer, éjecte la bête infâme en bas de son promontoire. Celle-ci valse au fond du précipice. Ses sbires détalent à travers les volumes labyrinthiques de l'espace scénique en couinant de peur.

Le déporté a rendu l'âme peu de temps après, empêtré dans les barbelés qui l'ont asservi dans l'enceinte de la rampe d'accès au camp de la mort. Le médecin a remarqué ce passage de vie à trépas par ses yeux révulsés et le léger filet de sang qui s'écoule du coin de sa bouche ouverte.

Déjà les corbeaux tournoient inlassablement. Et par la grâce des mots du comédien, l'auteur, interpellé par l'impact de l'actualité atroce de son propre texte, a bien saisi ce cri d'un acteur incarnant un médecin. Pour lui, l'enfer est devenu réalité et personnifie ainsi la nouvelle génération de jeunes qui entendent ce cri résonnant au milieu d'un vieux continent humilié et pourri dans son ventre.

L'écrivain réfléchit à cette instabilité permanente face à toutes les formes de la peste. À son air absorbé et songeur, il sait que la peste est en chacun de nous à cause de cette différence entre les hommes qui n'existe que dans notre esprit.

Le comédien aussi le sait qu'il ne faut pas transiger avec elle. La force de ses propres mots le dit clairement que nous n'avons plus le droit de nous taire, de ne rien faire, de ne rien dire et d'attendre. Ce soir, il s'est retrouvé dans un lieu, dans un temps où on ne peut prévoir ce qui va se passer. Il s'est cependant adapté, il a joué son rôle à fond, avec toute la crédibilité qui lui est propre.

Il a engagé une lutte de chaque instant avec une réalité qui a dépassé la fiction. Il a insufflé une espérance de vie dans la vigilance au milieu de cette impasse de violence inouïe. Alors, il écrit, il rédige comme l'auteur le ferait, sur des petits papiers de mémoires ! Oh ! La précieuse mémoire de papier !

Le comédien est bien installé dans le nouveau décor et évolue au gré des transformations de celui-ci. Il sait à présent de quelle peste il s'agit et aussi que ces prismes obscurs dissimulent l'horreur d'une mort industrielle que le monde entier tente d'étouffer pour prévenir une nouvelle épidémie menaçante. Il est conscient qu'il est trop tard pour occulter l'indicible offense à l'humanité. Le système est en route, propagé par des rats porteurs de l'épidémie. On a beau ramasser les morts et faire vivre les vivants, rien n'y change.

LA PESTE, un auteur, un comédien

Le syndrome se vrille dans le sol, dans le terreau de la haine qui a déjà réduit la condition humaine à un état aussi bas que celui-là. Les stigmates de la peste teutonne sont trop évidents : des formes squelettiques dont les yeux ne sont plus que des trous noirs, le corps recroquevillés par terre, rampant vers un espoir de survie.

Dans cet enfer, l'humain de l'homme semble avoir perdu la forme individuelle de l'humanité.

Et pourtant, le comédien joue, interprète, tient son rôle à merveille, celui du médecin ébahi par sa propre mise en scène qui lui échappe tant la vérité devant laquelle il est confronté est avant tout physique. Il s'en suit un ébranlement émotionnel. Il pénétré dans ce champ d'ignorance.

Il croyait savoir des choses sur ce profil particulier du fléau, juste avant de monter sur scène.

Mais dans l'enchaînement des séquences, tout ce qu'il découvre pose de nouvelles questions. Il renouvelle son champ d'ignorance tout en traversant les limbes de cette géhenne.

L'auteur est toujours là. Il ne tire pas les ficelles de ce jeu scénique soumis à un regard aiguisé. Cette attitude parvient à la fois à restituer une atmosphère de l'endroit où personne ne semblait savoir mais aussi, et surtout, à exposer dans un futur proche accessible les points de vue de tous ceux qui vont subir l'épidémie. Il a donc poussé l'acteur à s'introduire dans une brèche temporelle. Il l'oblige à se démultiplier pour attirer sur lui le regard des rats qui le hument, le tâtent en l'effleurant de leurs vibrisses obscènes. Les oiseaux noirs de mauvais augure sont également toujours présents. Ils tournoient inlassablement, égrenant leurs croassements aigres.

Mais pour l'auteur, ils sont surtout les sentinelles perspicaces du génocide, le symbole s'en allant vérifier si la terre réapparaît bien rincée, lessivée de toute trace de mort après le déluge !

Au travers de son texte déjà écrit, mais dans un lieu en mutation constante, comme dans un rêve, comme dans un cauchemar restitué sur le plateau de la scène, il rend compte de l'épaisseur kaléidoscopique de la réalité qu'un point de vue trop symbolique et métaphorique aurait tenté d'aplanir voire d'affadir.

Il focalise le phénomène totalitaire d'une façon nébuleuse. Il est à la fois individualisé en la personne du médecin mais demeure anonyme durant le déroulement de la pièce.

Le médecin incarne à merveille la « voix de la persécution humaine ». Il montre du doigt ce que personne n'a encore voulut soutenir du regard. C'est le coryphée de cette tragédie qui, dans la grande neutralité de son langage donne la parole à ceux qui souffrent contre ceux qui font souffrir.

Un des rats a adopté une apparence plus humaine, celle d'un officier bourreau, une espèce de führer obséquieux, vociférant les mêmes idées, comme un vieux disque rayé.

« Nous n'avons aucune intention d'être des antisémites sentimentaux désireux de susciter des pogroms, mais nos cœurs sont remplis d'une détermination inexorable d'attaquer le mal à la base et de l'extirper de sa racine à ses branches. Pour atteindre notre but, tous les moyens seront justifiés, même si nous nous allions avec le diable !

Dans ces paroles scandées comme une déclaration d'éradication d'un bouc émissaire, le fléau, en tant que rupture concrète avec l'ordre habituel des choses, devient une véritable intrusion surnaturelle, invraisemblable dans l'ordinaire du commun des mortels.

« Le joug meurtrier n’est pas à la mesure de l'homme, on se dit donc que la peste est irréelle, c'est un mauvais rêve qui va passer ! »

Or, dans l'atmosphère rendue affolante par la présence de ce chef de file caricaturé en dictateur, on entend sans cesse ce leitmotiv qui revient assombrir davantage ce lieu stupéfiant, toujours baigné dans une lumière crue et maladive.

« Les lois de la vie exigent que des meurtres soient commis de façon ininterrompue afin que les meilleurs vivent. Je procède en ces matières d'une façon glacée. Je me sens être seulement l'exécuteur de la volonté de l'histoire. »

L'égarement et le rejet du fléau par les peuples d'Europe remet fatalement en mémoire le refus de croire à l'authenticité absolue du nazisme, dans lequel les allés se sont fourvoyés en toute insouciance. Le combat des uns contre la peste et le profit criminogène des rats dans le fléau fait penser à l'opposition entre réseaux de la Résistance et collaboration. Cependant, le plus évident dans cette mise en scène demeure le traitement des cadavres qui, dans un premier temps, sont entassés dans des fosses, puis plus tard, inhumés à l'intensification maximale de l'épidémie. Elle doit aider à remémorer la crucifiante réalité des camps de concentration.

Parmi les rats avides de propager la peste, une forme indéfinie rampe, sans force, vidée de sa substance humaine !

Oui c'était un homme, pas de la race des rats, mais un homme quand même, un de ceux contraints de porter un pyjama à rayures bleues et tatoué sur l'avant-bras. Il symbolise à lui seul la catastrophe qui frappe ceux que les rats ont décidé d'éradiquer de la surface de l'Europe aujourd'hui. Ils leur font, ce soir, aux alentours de vingt heures trente, subir leur propre anéantissement.

Ils sont déterminés à accélérer ce processus avec une froide cruauté, prétextant un service inestimable à l'humanité souffrante qui a été torturée par les ennemis de la communauté des rats pendant des milliers d'années. Ils ont enfilé leurs masques de protection contre les émanations pathogènes de la maladie. Ces miasmes pestilentiels ont été volontairement propagés dans l'air sous forme de cristaux qui se subliment au contact de l'air et qui agissent instantanément en libérant du cyanure d'hydrogène hautement toxique.

Mais l'auteur insiste pour que le comédien réagisse, surmonte son émotion, sa tétanie devant cette infamie aux contours qui se précisent de plus en plus. Alors, il lui souffle à l'oreille dans ce cahot de feu, de cendre, de cris et de fumées distillatrices de néant :

« Tu es revenu de la mort pour parler aux générations futures. Parce que tu ne veux pas qu'on leur mente et qu'elles subissent ce que nous avons dû souffrir, comme un aboutissement logique ! »

Alors, le comédien s'est fait écrivain, soir après soir, dans sa loge. Il écrit ce que l'auteur lui a fait découvrir au travers de son roman, de sa personnalité et de toute l'horreur qu'il a mise en lumière, dans sa propre pénétration des pratiques innommables.

De représentation en représentation, le comédien se mute en auteur. Les spectateurs se sont fait à l'idée de découvrir l’œuvre de l'écrivain de « La Peste » sous la dimension symbolique de la mise en scène du comédien. Il leur est devenu aussi raisonnable de voir une espèce d'emprisonnement remplacé par une autre que de se représenter n'importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n'existe pas ! Mais cela reste malgré tout assez ambigu !

Toutefois, n'est-ce pas là tout le travail de cet artiste qui a dépassé les frontières de la simple représentation routinière ?

On pourrait imaginer que l’épidémie s'est atténuée et que l'ordre nouveau s'installe déjà ! Non, pas du tout ! Certes le jeu des fantômes a laissé place à l'action d'éradication ! Les rats sont partis, mais les corbeaux demeurent ! C'est que la mort est toujours présente ! La mort et l'émotion ! Le comédien a écrit, chaque soir, comme si c'était l'auteur qui rédigeait l’« Après Peste » !

Puis un jour, il joue ce qu'il a composé en mots d'émotions, en force dramatique. Ces textes sont un peu l'équivalent d'un filin de funambule, ensanglanté par l'horreur traversée et qui se balance à la verticale du plateau, un fil qu'il suffirait de couper pour que tout recommence, comme la pierre que l'on monte au sommet de la montagne et, une fois au haut, qui dégringole, entraînant avec elle, dans le vide, l'homme qui l'a poussée !

Et tout est recommencer, soir après soir ! Ce fil est pourtant le seul lien qui relie les humains si, petits à la puissance vitale qui les dépasse. Il a installé sur scène des personnages qu'ils jouent périlleusement à lui tout seul avec richesse, don de soi et grâce éblouissante !

Le comédien-auteur dénonce, tout compte fait, un être humain asservi quotidiennement à sa routine, incapable de réagir dans un premier temps à l'inconnu, incapable de faire un pas dans les ténèbres.

« Mais ce vertige ne tenait pas devant la raison. Il est vrai que le mot « peste » avait été prononcé, il est vrai qu'à la minute même le fléau secouait et jetait à terre une ou deux victimes. Mais quoi, cela pouvait s'arrêter. Ce qu'il fallait faire, c'était reconnaître clairement ce qui devait être reconnu, chasser enfin toutes ces ombres inutiles et prendre les mesures qui convenaient. Ensuite, la peste s'arrêterait, parce que la peste ne s'imaginait pas ou s'imaginait faussement. »

Le comédien a repris à son compte les phrases de « son auteur » qui, dans la lumière émanant d'une obscurité qu'on n'a jamais figée dans le temps et dans l'espace, est éclairé par la conviction de faire disparaître tous les profiteurs de « La Peste » ! Ceux-ci n'entretiennent pas une confiance indispensable en l'homme pour faire évoluer la vie vers la clarté, mais parce qu'ils ont découvert que leur propre existence est liée à la peste et ne peuvent donc que de s'éteindre avec elle.

LA PESTE, un auteur, un comédien

Le décor a encore muté ! « Halt Stoj ! »... « Stop Danger ! »... Une tête de mort surplombe cette indication. Pourtant tout est calme, la neige a recouvert les stigmates de la souffrance. Plus un homme à l'horizon ! Un arbre noir mort fige le paysage du bout de ses branches comme des griffes qui retiennent la nuit de l'horreur ! Le comédien joue toujours son texte et se demande s'il est déjà dans le lendemain. Il se demande s'il ferait mieux de rester à diriger les événements ou poursuivre son jeu de médecin post apocalypse. Il met un certain temps à se décider !

« Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ! »

On distingue sur un fond d'écran géant un groupe de prisonniers en pantalons rayés bleus et chemises dépareillées qui marchent, marchent, marchent inlassablement, parfaitement alignés. Une vois de vieux phonographe au disque rayé, hurle chacun de leur nom, renforçant l'atmosphère pesante d'une cité, d'un camp, d'un espace intemporel claquemuré par la peur et l'insupportable silence. Un lieu de douleur ceinturé de charniers obscènes que le temps a déjà trop vite effacé des mémoires. Le comédien prend cet air agacé de ne pas savoir s'il doit continuer inlassablement à témoigner en faveur des pestiférés ou se ranger dans le politiquement correct propre à ce siècle décadent une fois de plus ! Il tient dans ses mains tous les éléments qui font de lui quelqu'un qui ne peut pas se taire, qui doit être un Juste parmi les Justes. Les corbeaux rodent encore pour effacer les dernières traces des violences perpétrées par ceux qui se disaient les « Maîtres du Monde Sain » !

Il doit faire passer, de représentation en représentation, ce qu'on apprend au milieu des fléaux et, comme le dit l'auteur, de ce qui fut une simple chronique mais qui devient une incarnation sans exemplarité démonstrative d'un piège absurde !

Le comédien traverse le plateau, allant de l'arbre mort vers le bord de la falaise sombre en traversant dans la neige du chemin qui conduit à l'entrée du camp où tant d'êtres humains ont été réduits en cendres, humiliés dans leur corps et dans leur âme.

Il ouvre son cartable, en sort un stylo, celui de l'auteur, une sorte de relais témoin. L'encre est encore celle avec laquelle « l'Auteur » a rédigé son dernier texte « Le premier homme ».

Le comédien écrit nerveusement, on entend une musique qui vient du fin fond de l'immensité du décor ! Il est seul. Le premier mouvement de la 5e symphonie de Mahler débute comme une procession funèbre à laquelle il assiste depuis le début du spectacle. Pas de révolte contre la destinée ni contre une réalité tragique mais inévitable. Il y fait face avec une noble et fière résignation, il s'ensuit un ton pathétique mais impersonnel qui fait se relever le comédien. Il se retourne. Le volume sonore monte. Le comédien se souvient de la première fois qu'il a entendu cette musique ! Il se rappelle toutes les fois qu'il l'a entendue. Les mouvements, il les connaît par cœur, note par note, surtout le quatrième, l'adagietto, très lent. Il a examiné la partition de près, il sait avec quel soin, quel raffinement, quel amour dans chacune des mesures, le fin ciselé de chaque ligne mélodique en apesanteur. Il se rappelle les personnages avec lesquels il était : Gustav et Alma Mahler et leur fille Maria Anna... la petite Putzi, morte bien jeune ! La mort ! Toujours la mort ! On y revient encore !

Il pense à l'essentiel ! La mort, la crucifixion pour laquelle nous sommes tous coupables ! Mais là, pour l'instant, le décor de la vallée étrange et fossilisée, pétrifiée s'estompe peu à peu. Les masses gigantesques et rigides s'évanouissent dans un brouillard bleuté. La nature obséquieuse et toute puissante a de nouveau fait place à la grisaille du mur de fond du théâtre, de cette cage de scène surplombant un immense plateau vide. Il est seul donc, perdu dans ce vide absorbant.

Moment de silence. Le public se réanime. Des applaudissements s'ébranlent discrètement, dispersés dans la salle qui s'éclaire soudain. Ils s'amplifient, s'intensifient. Le comédien les entend mais feutrés, comme s'il avait des tampons d'ouate dans les oreilles. Il reste immobile. Un tonnerre d'acclamations éclate. Le comédien réalise ce qui lui arrive, les bouchons de ses tympans sautent !

Il vibre de tout son corps. Une salle qui se lève, une salle qui a eu peur, peur de croire que les loups, les rats étaient entrés dans Paris, une salle qui a accroché à ce roman chargé de théâtre, à ce comédien, à sa présence, à sa chimie intérieure. Il salue avec un sourire magnétique, convaincu qu'il a fait le bon choix. Et le narrateur repart comme il était venu et disparaît jusqu'au lendemain !

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ENGLISH VERSION OF THE TEXTE

The actor stands on the stage. He holds his breath because, in a few moments, the performance will begin. Twenty hours spent three minutes. It is warm in the room, and although he feels in a state of grace, as every evening, around him, the naked, immense and harsh setting seems different. The actor is still standing, hieratic, firmly clasping the handle of his leather satchel with his left hand. The armchair, the table, the little harness where the radio is placed, all that no longer exists. The lighting engineer tries his games of lights synchronized with the music. Suddenly, the complete black. Something has changed, that's for sure. The light returns, but this time it is cold. The decor suddenly turned into a new, fascinating space. It is not shiny but cosmic by the contrasts of shadow and light. The gradients of shots towards distant nebulae. A sort of steep valley, unaffordable, very distressing and quite ethereal, reinforced by browns, fluorescent greens with bluish reflections. Constructions in blocks of compact volumes mark a certain spirit of exaggeration and proud megalomania. However, it is clear that the Plague is there! The actor remembers the phrase of the author of the novel from which this play is drawn: "The bacillus of the plague does not die, nor ever disappear, and can remain for decades asleep in furniture and linen , that he waited patiently in the rooms, cellars, trunks, handkerchiefs and paperwork, and that perhaps the day will come when, for the misfortune and the teaching of men, the plague will awaken its rats and send them to die in a happy city. " The actor sees the curtain rise slowly, very slowly. The spectators murmur among themselves and are astonished to discover this decor which is not the one announced in the usual scenography. A moment of silence, too long a moment of silence! The audience is frozen like a freeze. The more a breath, the more a cough, more a rustle of clothing against the armchairs. The audience is present, but it is not there! He can not see what will happen on the set. The actor looks around and advances to the front. He is shaved by a lateral light that accentuates the shadows of his face. It is disturbing. He begins to recite his text, the text that the author has written and that the actor has already said three hundred and sixty-three times on the same stage, in the original setting: "The curious events that make the subject of this chronicle occurred in thousand nine hundred and forty ... in Oran ... " His forehead irritates him because he begins to sweat, he feels the heaviness of his satchel, the narrowness of his raincoat gray, his watch around his wrist. He suffocates somewhat in his clothes, his shoes, his shirt collar, his cramped tie, which he unlocks with his free hand. It takes a few steps in front of an enormous solid parallelepiped which is joined by a funny house of Maghreb style, without roof, with small windows. He hesitates before speaking, he has to improvise, he knows that these are not his usual words, nor those of the author, so he lets go: "Imagine a city, with black crows twirling around a clawed hand, stretched out to the sky through which a serpent of ashy smoke passes ..." And the author, the author leans his head, his eyes dark, the cigarettes at the corner of the lips, the face barred by a tree veined in blue! He has already grasped that the actor is in the grip of fear! Nothing to do with the actor's stage fright! The actor has become somewhat gray, dull, exactly reflecting the writer's writing, whose vacant gaze he sees fixes a black volatile. The raven describes menacing convolutions. The actor dropped his brown hat on the floor. Rats begin to turn around and take ownership of its smell.
But what an idea to incarnate all these contradictory characters! It is a challenge, its challenge! But today, tonight, he feels alone, really alone. He feels himself. It moves to the left, moves away from the wall and finds itself facing two prospect lines, two rails, a railroad track! With his eyes, he follows his course and his eyes widen when he discovers the silhouette of a construction that he knows perfectly! Suddenly he heard the sound of a train stopping in the middle of that night in broad daylight. The doors of the wagons open. Of the building in question, he hears, drowned in a mist of ashes, the outrageous vociferations. It looks like the entrance to the Birkenau camp! The Birkenau portal! The door through which the convoys of the deportees entered before being sorted! Yes, that's the Birkenau extermination camp! Oh ! Misery! Because of its form and its diabolical destination, this building is a veritable bird of death whose wings spread around a dark face, ready to swallow its victims! But what the plague? He's a doctor, a doctor trapped in the absurd. At his feet, an indistinct form, emerging from a field of poppies, slips by crawling between the tracks of the railroad. A frail, yellowish-skinned being, painfully raising his head to observe the doctor who comes from afar. But he, the emaciated-faced man and unfathomable gaze, seems exhausted, agonizing, under the metaphorical will of the negation of the human person by torturing rats. No, it is not the plague of Oran, it is another plague transmitted by an unclean beast, fulminating in hateful and repetitive eructations. The doctor turns to the creeping corpse and leans gently towards him. Suddenly, a plump and aggressive rat burst in. The rat arches and ruffles, makes the big back, blows, rubs the sides, under the belly, everywhere! Basically, it makes its smart! He is nervous, startled, shouts when the doctor bends a little too much towards this emaciated deportee. The doctor does not know. The rodent's tail squirms like a snake. But in his astonishing and metallic voice, the actor who incarnates the doctor no longer contains his emotion and speaks releasing the text of the author, mixing the symbol of truth and that of the mystery that anxiates him. He addresses the sticky rat that came between him and the one he was about to rescue. "Every night mothers howl for your sake, with that empty, abstract air before the bellies offered with their mortal signs. Tonight, arms want to grip mine. Tonight useless words, cries of pity, barking of ferocious dogs, the sound of boots, the rumblings of crematory fires are mixed in my head! I hear ruthless speeches of your hormonal aggressiveness! The rat straightened up, a sign for his fellows to gather around him and verbally confront the doctor: "They are in misfortune, they deserved it, they opposed the designs of our leader and our plague to makes us fall on our knees and for a long time! They will be plunged into the darkness of this plague to the point where the living will no longer suffice to bury the dead! "
With a sober but effective gesture, the comedian, using his satchel as the front blade of a bulldozer, ejects the infamous beast down his promontory. This one walks to the bottom of the precipice. His minions scamper through the labyrinthine volumes of the scenic space squealing with fear. The deportee returned shortly after, entangled in the barbed wire that enslaved him within the ramp entrance to the death camp. The doctor noticed this passing of life by his revulsed eyes and the slight stream of blood flowing from the corner of his open mouth. Already the crows turn tirelessly. And by the grace of the actor's words, the author, struck by the impact of the atrocious news of his own text, has clearly grasped the cry of an actor incarnating a doctor. For him, hell has become reality and personifies the new generation of young people who hear this resounding cry in the midst of an old continent humiliated and rotted in its belly. The writer reflects on this permanent instability in the face of all forms of plague. To his absorbed and thoughtful air he knows that the plague is in each of us because of this difference between men that exists only in our minds. The actor also knows that we must not compromise with her. The strength of his own words makes it clear that we no longer have the right to be silent, to do nothing, to say nothing, and to wait. Tonight, he found himself in a place, at a time when we can not predict what will happen. He has adapted, however, he has played his role thoroughly, with all the credibility of his own. He has engaged a struggle of every moment with a reality that has surpassed fiction. It has breathed life expectancy into vigilance amidst this impasse of unheard-of violence. Then he writes, he writes, as the author would do, on little papers of memory! Oh ! The precious paper memory! The comedian is well established in the new setting and evolves according to the transformations of it. He now knows what plague it is and also that these dark prisms conceal the horror of an industrial death that the whole world is trying to stifle to prevent a new threatening epidemic. He is aware that it is too late to conceal the unspeakable offense to humanity. The system is on the way, propagated by rats carrying the epidemic. It is in vain to collect the dead and make the living alive, nothing changes.

The syndrome turns into the soil, into the soil of hatred that has already reduced the human condition to a state as low as that. The stigmata of the Teutonic plague are too obvious: skeletal forms whose eyes are no more than black holes, the body curled up on the ground, crawling towards a hope of survival. In this hell, the human of man seems to have lost the individual form of humanity. And yet, the actor plays an interpreter, plays his role admirably, that of the doctor amazed by his own staging that escapes him so much the truth before which he is confronted is above all physical. There follows an emotional shock. He penetrated into this field of ignorance. He thought he knew things about this particular profile of the plague, just before he went on stage. But in the sequence of sequences, everything he discovers raises new questions. He renews his field of ignorance while crossing the limbo of this gehenna. The author is still there. It does not pull the strings of this scenic game subjected to a sharp glance. This attitude makes it possible both to restore an atmosphere of the place where nobody seemed to know but also, and above all, to expose in the near future accessible the views of all those who will undergo the epidemic. He therefore pushed the actor to break into a temporal breach. He forces him to multiply himself in order to attract the eyes of the rats who smell him, touch him with their obscene vibrations. Black owls are also always present. They roamed tirelessly, shouting their sour croaking. But for the author, they are especially the perceptive sentinels of the genocide, the symbol going to check if the earth reappears well rinsed, leached from all trace of death after the deluge! Through his already written text, but in a constantly changing place, as in a dream, as in a nightmare restored on the stage, he accounts for the kaleidoscopic thickness of reality as a point of view too symbolic and metaphorical, would have tried to flatten or even to weaken. It focuses the totalitarian phenomenon in a nebulous way. It is both individualized in the person of the doctor but remains anonymous during the course of the play. The doctor epitomizes the "voice of human persecution". He pointed to what no one had yet to look at. It is the coryphaea of ​​this tragedy which, in the great neutrality of its language, gives voice to those who suffer against those who suffer. One of the rats adopted a more human appearance, that of an officer executioner, a kind of obsequious führer, vociferating the same ideas, like an old striped disc. "We have no intention of being sentimental anti-Semites wanting to elicit pogroms, but our hearts are filled with an inexorable determination to attack evil at the base and root it out from its branches. To attain our goal, all means will be justified, even if we go with the devil! In these words, chanted as a declaration of the eradication of a scapegoat, the scourge, as a concrete break with the usual order of things, becomes a veritable supernatural intrusion, unlikely in the commonplace of mortals. "The murderous yoke is not to the measure of man, so we say that the plague is unreal, it is a bad dream that will pass! " Now, in the atmosphere made maddening by the presence of this leader caricatured as a dictator, one constantly hears this leitmotiv which returns to darken more this stupefying place, still bathed in a light raw and sickly. "The laws of life require that murders be committed uninterrupted so that the best live. I proceed in these matters in an icy manner. I feel myself to be only the executor of the will of history. " The misguidance and the rejection of the scourge by the peoples of Europe inevitably reminds us of the refusal to believe in the absolute authenticity of Nazism, in which the aides were misled in all recklessness. The struggle of the one against the plague and the criminogenic profit of the rats in the scourge reminds one of the opposition between networks of the Resistance and collaboration. However, the most evident in this staging is the treatment of the corpses, which are initially piled into pits and later buried at the maximum intensification of the epidemic. It must help to recall the crucifying reality of the concentration camps. Among the rats eager to propagate the plague, an indefinite form crawls, without force, emptied of its human substance! Yes, it was a man, not a rat race, but a man anyway, one of those forced to wear blue tattooed pajamas on the forearm.
It symbolizes by itself the disaster that strikes those whom the rats have decided to eradicate from the surface of Europe today. They make them, this evening, about twenty-thirty, to undergo their own annihilation.



They are determined to accelerate this process with a cold cruelty, pretexting an inestimable service to suffering humanity that has been tortured by the enemies of the rat community for thousands of years. They donned their masks to protect against the pathogenic emanations of the disease. These pestilential miasms have been deliberately propagated in the air as crystals which undergo contact with air and which act instantaneously by releasing highly toxic hydrogen cyanide. But the author insists that the actor react, overcome his emotion, his tetany before this infamy with contours that become more and more precise. Then he whispers in his ear in this jolt of fire, ashes, cries and smoke distillers of nothingness: "You came back from death to speak to future generations. Because you do not want to be lied to and suffer what we have suffered, as a logical outcome! " Then the actor became a writer, night after night, in his box. He writes what the author has made him discover through his novel, his personality and all the horror he has brought to light, in his own penetration of unspeakable practices. From representation to representation, the actor becomes an author. The spectators came to the idea of ​​discovering the work of the writer of "The Plague" under the symbolic dimension of the staging of the actor. It has become as reasonable for them to see a kind of imprisonment replaced by another than to imagine any thing that actually exists by something that does not exist! But it is still rather ambiguous! However, is not that all the work of this artist who has gone beyond the boundaries of simple routine representation? One could imagine that the epidemic has subsided and that the new order is already established! Not at all ! Certainly the game of ghosts has given way to the eradication action! The rats are gone, but the crows remain! It is because death is always present! Death and emotion! The actor wrote, every evening, as if it were the author who wrote the "After the Plague"! Then one day he plays what he composed in words of emotion, in dramatic force. These texts are somewhat equivalent to a string of tightrope walkers, bloodied by the horror traversed and swinging vertically on the plateau, a thread that would simply have to be cut so that everything starts again, we climb to the summit of the mountain and, once at the top, tumbles, dragging with her, in the void, the man who pushed her! And it's all over again, night after night! This thread is nevertheless the only link that connects humans if, small to the vital power that surpasses them. He has set up on stage characters who play perilously on his own with wealth, self-giving and dazzling grace!
The actor-author denounces, on balance, a human being who daily enslaved his routine, incapable of reacting initially to the unknown, unable to take a step in the darkness. "But this vertigo did not stand before reason. It is true that the word "plague" had been pronounced, it is true that at the very moment the scourge shook and threw one or two victims to the ground. But what, it could stop. What had to be done was to recognize clearly what was to be recognized, to drive away all these useless shadows and to take the appropriate measures. Then the plague would stop, because the plague did not imagine or falsely imagined. " The actor has taken over the sentences of "his author" who, in the light emanating from a darkness that has never been fixed in time and space, is enlightened by the conviction to make disappear all the profiteers of "The Plague"! They do not have an indispensable confidence in man to make life evolve towards clarity, but because they have discovered that their own existence is linked to the plague and can therefore only be extinguished with it .


The scenery has changed! "Halt Stoj! "..." Stop Danger! A skull overhangs this indication. Yet everything is calm, the snow has covered the stigma of suffering. Plus a man on the horizon! A dead black tree freezes the landscape from the tips of its branches like claws that hold the night of horror! The actor always plays his text and wonders if he is already in the next day. He wonders if it would be better to stay to direct events or pursue his physician post apocalypse game. It takes a while to decide! "There are more things to admire in men than things to despise! " On a giant wallpaper is a group of prisoners in blue striped pants and mismatched shirts that walk, walk, tirelessly, perfectly aligned. An old phonograph with a striped disc, screams every one of their names, reinforcing the heavy atmosphere of a city, a camp, a timeless space clasped by fear and unbearable silence. A place of pain surrounded by obscene mass graves, which time has already too quickly erased from memories. The actor takes this annoyed air of not knowing whether he must continue tirelessly to testify in favor of the plague-stricken ones or to rank in the political correctness of this decadent century once again! He holds in his hands all the elements that make him one who can not be silent, who must be a Just One among the Righteous. Crows are still rooting to erase the last traces of the violence perpetrated by those who called themselves the "Masters of the Healthy World"!

He must pass from representation to representation what is learned in the midst of plagues and, as the author says, of what was merely a chronicle but which becomes an incarnation without any demonstrative exemplar of an absurd trap! The comedian crosses the plateau from the dead tree to the edge of the dark cliff, crossing into the snow the road leading to the entrance to the camp where so many human beings have been burnt to ashes, humiliated in their bodies and in their souls. He opens his satchel, takes out a pen, that of the author, a sort of relay witness. The ink is still the one with which "the Author" has drafted his last text "The First Man." The actor writes nervously, we hear a music that comes from the depths of the immensity of the decor! He is alone. The first movement of Mahler's 5th symphony begins as a funeral procession he has attended since the show began. No revolt against destiny or against a tragic but inevitable reality. He faces it with a noble and proud resignation, it follows a pathetic but impersonal tone that makes rise the actor. He turns. The volume goes up. The actor remembers the first time he heard this music! He remembers every time he heard her. The movements he knows by heart, note by note, especially the fourth, the adagietto, very slow. He examined the score closely, he knew with what care, what refinement, what love in each of the measures, the chiseled end of each melodic line in weightlessness. He remembers the characters with whom he was: Gustav and Alma Mahler and their daughter Maria Anna ... little Putzi, dead very young! The death ! Always death! We're back again!
He thinks about the essentials! Death, the crucifixion for which we are all guilty! But here, for now, the scenery of the strange and fossilized valley, petrified, gradually fades away. The gigantic and rigid masses vanished in a bluish fog. The obsequious and all-powerful nature has again given way to the grayness of the theater's back wall, from this stage cage overlooking an immense empty plateau. He is alone, therefore, lost in this absorbing vacuum. Moment of silence. The public is revived. Applause slipped discreetly, scattered in the room which suddenly lighted up. They intensify and intensify. The actor hears them, but felted, as if he had cotton pads in his ears. He remains motionless. A thunder of applause bursts forth. The actor realizes what happens to him, the clogs of his eardrums jump! He vibrates with all his body. A room that rises, a room that was afraid, afraid to believe that the wolves, the rats had entered Paris, a room that hung on to this theater novel, this actor, his presence, his chemistry interior. He greets with a magnetic smile, convinced that he made the right choice. And the narrator leaves as he came and disappears until the next day!

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